Michael Schmidt, un photographe allemand à découvrir au Jeu de Paume

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Paris. Après onze mois de fermeture pour travaux, le Jeu de paume accueille la rétrospective « Michael Schmidt » (1945-2014) conçue par Thomas Weski, conservateur à la fondation en charge des archives du photographe allemand. Jusque-là, aucune exposition de l’artiste n’avait été organisée en France. C’est grâce à Quentin Bajac que cette monographie s’arrête à Paris, comblant cette lacune et éclairant l’œuvre et le parcours d’un photographe méconnu, contrairement à ceux de l’école de Düsseldorf régulièrement exposés.

Le directeur du Jeu de paume, passé successivement de la direction du département de la photographie du Centre Pompidou à celle du MoMA, le reconnaît : « J’appréciais le travail de Michael Schmidt, mais pas avec acuité. » Un séjour à New York, sa rencontre avec Thomas Weski qui lui parle de cette grande rétrospective alors en cours de préparation et sa nomination en janvier 2019 à la tête du centre d’art parisien ont modifié son point de vue.

C’est une exposition que l’on n’oubliera pas : des récits photographiques en noir et blanc sur le Berlin d’avant la chute du Mur accrochent le regard du visiteur. Puis, la lecture fluide et rythmée du parcours révèle un panorama des plus complets.

« Une photographie documentaire d’auteur »

Le titre de l’exposition choisi pour sa présentation à Paris, « Michael Schmidt, une autre photographie allemande » donne le ton. L’itinéraire et les travaux de Michael Schmidt se distinguent de ce qu’ont produit les élèves de Bernd et Hilla Becher, sans pour autant qu’il y ait opposition. Ils exposent régulièrement ensemble et Andreas Gursky est un ami proche de Michael Schmidt. Ensemble, ils participent en Allemagne à l’émergence d’une photographie documentaire d’auteur.

Le photographe, né le 6 octobre 1945 à Berlin, dans le quartier de Kreuzberg, est un autodidacte. Gendarme de profession pendant dix ans avant de démissionner en 1973, il travaille à son propre compte comme photographe et professeur de photographie au sein de diverses universités populaires de la ville. L’amateur devenu professionnel a des convictions et de l’entregent, tant pour financer ses projets que pour former ses compatriotes à l’image. Kreuzberg, le quartier où Michael Schmidt a vécu jusqu’à sa mort, forme le cadre de nombre de ses travaux documentaires. Il est aussi l’ancrage du Werkstatt für Photographie (atelier de photographie) qu’il fonde en 1973, un lieu d’exposition important en Allemagne jusqu’à sa fermeture en 1986. Nombre de photographes américains y ont exposé dont Lewis Baltz et John Gossage avec lesquels Michael Schmidt se lie d’amitié.

Photographier les gens dans leur quotidien

Les travaux des décennies 1965-1985 développent son intérêt porté à l’individu, à son milieu et à son quartier natal, indissociable d’un Berlin divisé en deux par un mur. Portraits, scènes de rue ou du quotidien, paysages urbains de Kreuzberg ou de Wedding : l’approche est documentaire, le noir et blanc privilégié, un livre et une exposition conçus systématiquement après chaque série achevée. Celle sur la journée type d’une vingtaine de femmes actives, développée image après image pour chacune d’elles, du lever au coucher, montre son souci de contextualiser l’individu dans son milieu. Les enfants, les jeunes particulièrement présents dans son travail, n’échappent pas à la règle.

La suite de son œuvre, marquée par une narration plus fragmentée, privilégie davantage le gros plan, l’archive et les faits historiques : du nazisme aux mouvements contestataires des années 1970-1990. Ses images s’avèrent plus politiques, plus introspectives, voire plus frontales encore face aux normes et idéaux imposés par la société. La série « Frauen » [« Femmes »], réalisée entre 1997-1999, est en ce sens redoutable. Après la réunification de l’Allemagne, Michael Schmidt ne photographie plus sa ville. Ses préoccupations (la nature, la nourriture) épousent d’autres causes.

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