Le Berlin de Michael Schmidt, une ville dans l’étau de la guerre froide

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Par Claire Guillot

Publié aujourd’hui à 07h00

La ville de Berlin a été la grande affaire de la vie de Michael Schmidt. C’est là qu’il est né, juste après la fin de la guerre, le 6 octobre 1945, quelques mois après l’effondrement du régime nazi : dans les ruines de cette ville sonnée, défaite et détruite, bientôt écartelée entre quatre zones dominées par les vainqueurs du conflit.

Ses premières années, il les fait alterner entre l’ouest et l’est de la ville, au rythme des déménagements de ses parents, petits entrepreneurs qui peinent à trouver des moyens de survivre. La famille va finalement s’établir à Kreuzberg, quartier populaire de l’Ouest, défiguré par les bombardements, où Michael Schmidt habitera jusqu’à sa mort, en 2014.

Grâce à son métier de gendarme, il arpente les rues de la cité toute la journée : il est aux premières loges des bouleversements que connaît Berlin, et fait bientôt de la ville le centre de son œuvre de photographe, de ses livres et de ses expositions. « Je crois que je suis resté gendarme, dira-t-il dans un entretien au Le magazine Time en 1996, j’ai simplement changé de front. (…) Finalement, ce que je recherche, c’est la justice. »

Un regard empathique

Le Berlin qu’il montre ne semble jamais être la même ville tant il explore des styles différents pour le décrire, sans jamais en faire le tour – des images à voir au Jeu de paume, à Paris, où l’autodidacte Michael Schmidt, devenu l’une des grandes figures de la photographie allemande, fait l’objet d’une rétrospective jusqu’au 29 août.

Au début, dans son livre Berlin-Kreuzberg (1973), Schmidt porte un regard empathique sur la vie quotidienne dans son quartier collé au mur de Berlin, qui vit au rythme des programmes de reconstruction et des vagues d’immigration. On y voit les immeubles en mal de rénovation et les façades décrépies, mais aussi les enfants qui jouent devant les nouvelles constructions aux lignes modernes.

« Dans les années 1970, Berlin était une ville très isolée, à l’écart du monde. » Thomas Weski, commissaire d’exposition

Puis, petit à petit, le photographe peaufine une vision plus personnelle et beaucoup plus radicale. Dans son travail sur le quartier de Wedding (de 1976 à 1978), c’est le gris qui domine toutes ses images. Cette couleur envahit tout, teintant d’une brume triste les parkings, les friches désertes, les places vides, les murs hauts, les façades aveugles.

La ville silencieuse et solitaire semble comme engourdie dans un éternel hiver. « Dans les années 1970, Berlin était une ville très isolée, à l’écart du monde », souligne le commissaire d’exposition Thomas Weski. Le ­photographe adoucit cependant cette vision rude par des portraits ­d’habitants, tantôt chez eux, tantôt au travail.

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