Déconfinement. La menace d'une année blanche pour les professionnels du mariage

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«Je me suis faite à l’idée n’aurait pas passé de mariage en 2020. » Pauline Lohéac, wedding planner à la tête de La Fabrique des instants, avait dix mariages programmés de juin à octobre. Ceux jusqu'à mi-juillet ont été reportés à 2021. Les autres attendent les annonces gouvernementales pour la deuxième étape du déconfinement débutant le 2 juin. D’ailleurs, jusqu’à cette date, aucun mariage, sauf urgence, ne peut être célébré en mairie.

« La problématique, c’est que les lieux très prisés sur les week-ends réservés jusqu’à la fin de l’année. Donc il y a soit l’option de se marier en semaine, peu de retenue, soit celle de le faire en 2021. »

Attendre un an, prix une décision par de nombreux mariés face aux incertitudes. Se marier avec un masque? Sans s’embrasser? Se tenir à distance des invités? Ces derniers pourront-ils d’ailleurs venir? Des conditions en effet difficiles à imaginer pour ce qui se veut le plus beau jour de sa vie.

Se marier un dimanche ou en semaine

« Certains mariés sont très optimistes et attendent le dernier moment pour voir. D’autres paniquent. La situation est la durée de vie pour eux comme pour nous. Le moins évident, c’est qu’on ne sait pas jusqu’à quand les mariages vont devoir être reportés », témoigne Delphine Lefebvre, gérante de la salle du Val Sarah, à Bardouville en bord de Seine. Depuis le confinement et jusqu'à fin juillet, 19 mariages qui auraient dû être célébrés sur déjà été reportés. Parfois en fin d’année un samedi, ou en semaine, ou l’année prochaine. « C’est une perte nette dès lors que le rapport se fait un week-end l’année prochaine. Un peu moins quand c'est en semaine l’an prochain. » Il y a aussi une perte quand la cérémonie est finalement programmée en basse saison, voiture un tarif plus bas s’applique. Pas question de garder le prix de la haute saison: « Il faut être juste, correct », souligne Delphine Lefebvre.

Les réservations pour 2021 – et même 2022 – étaient déjà commencées avant le confinement, il risque donc d’avoir un embouteillage. Après une année pour l’instant perdue, cela ne permet pas de rattraper le retard puisque les salles ne peuvent proposer qu’un mariage par date. « Il risque d’avoir une année blanche pour les professionnels du mariage car si les mariages sont reportés, ils ne pourront pas forcément prendre de nouveaux contrats et rattraper le retard pris », souligne la Rouennaise Pauline Lohéac, qui travaille majoritairement en Normandie, mais aussi dans toute la France.

«Gérer le stress des familles»

« Il n’y a que que 52 week-ends dans l’année. On ne peut pas multiplier l’activité dans nos métiers, à moins d’ouvrir sur d’autres jours. C’est la grosse nouveauté due au Covid : sur un des mariages programmés le dimanche en 2020. Ce jour-là, tout le monde est disponible, les églises sont ouvertes, vous pouvez faire une cérémonie laïque sur le lieu de réception … » présente Antoine Dubois,
propriétaire du Manoir de Banal, près des Andelys.

Une trentaine de mariages y était prévu entre la mi-mai et la mi-juillet. « Nous avons eu des annulations et des rapports sur l’hiver pour des gens qui voulaient se marier en 2020. Ils ont des projets et veulent avancer, malgré la situation », constate-t-il.

Malgré tout, le contexte est « très anxiogène. Il faut gérer le stress des familles et le nôtre, et trouver des solutions ». Et des solutions, affirme Antoine Dubois « qu’on peut en trouver si on revoit certaines exigences. On ne peut plus tout avoir. Mais le principal reste l'union de deux personnes avec leur famille et leurs amis ».

Se marier un dimanche ou en semaine est une option fortement proposée par les salles. Ou changer de saison, moyenne ou basse. « Nos mariages sont prévus dans des salles fortement réservées de juin à septembre. La majorité des rapports se fait donc fin septembre, début octobre, avril et en mai », fait part Pauline Lohéach, qui a créé son entreprise en 2015. « Sur réorganiser les plannings avec les prestataires, sur regarde s’ils sont disponibles. »

La location de la salle est généralement le point de départ de l’organisation. À partir de la date de réservation, les mariés recherchent tous les autres prestataires.

«Les gens sont arrivés frileux»

À côté d’Évreux, le Manoir Henri-IV à Caugé accueille des mariages depuis 1989. « Depuis trois ans, on avait accumulé des crises avec notamment les Gilets jaunes, ça avait joué pour les événements d’entreprises et de mairies. Et maintenant il y a cette épidémie inattendue »,
témoigne Katia Muset, propriétaire du lieu. « 80 % des mariages ont déjà été reportés, soit au dernier trimestre, soit au premier trimestre 2021. Certains l’ont déjà été trois fois. Les futurs mariés de septembre, octobre et novembre attendent les annonces gouvernementales pour le 2 juin. Cela représente dix mariages. On ne rattrapera pas la saison. Même si on avait la chance de faire les dix mariages encore programmés. Il faudrait cartonner en 2021. » Et si jamais l’année prochaine « sur se plante, sur ne survivra pas ».

Les autres événements que le Manoir Henri-IV devaient accueillir, comme des thés dansants organisés par les communes de la région parisienne, sont bien sûr aussi aussi annulés.

Et face à l’incertitude générale, des couples qui n’avaient encore rien programmé, mais qui envisageaient de se marier en 2021, sont désormais méfiants. Beaucoup de professionnels du mariage ont remarqué que depuis le confinement, ils ont reçu moins de demandes pour l'année prochaine. « Les gens sont fournis plus frileux ou dans l’attente de l’évolution de la situation sanitaire », constate ainsi un photographe. Le risque que la fête soit
gâchée est dans tous les esprits.

Événements particuliers et professionnels annulés: les traiteurs à l’arrêt

Déconfinement. La menace d'une année blanche pour les professionnels du mariage

Frédéric Erisay. (Photo d’archives PN)

Déconfinement. La menace d'une année blanche pour les professionnels du mariage

Frédéric Erisay. (Photo d’archives PN)

« Aujourd’hui, 257 mariages, prévus entre mars et mi-juillet et certains en août et septembre, ont déjà été annulés et reportés. Il nous en reste un peu fin juillet, août et septembre. Pour ceux-là, on attend avec impatience les prochaines annonces gouvernementales », Déclare Frédéric Érisay.

« 20 % des mariages sont reportés en septembre et octobre. Les autres, c’est en 2021 », poursuit-il. C’est là où il y a parfois un problème: si les gros traits peuvent assurer plusieurs prestations le même jour, ils ont aussi des limites. «
En 2021, on refusait déjà de nouveaux contrats pour certaines dates. Quand c’est complet, c’est complet … » Le traiteur, dont le siège est à
Saint-Aubin-sur-Gaillon, proposez alors une remise aux clients qui accepte de se marier un vendredi en septembre ou octobre ou en novembre 2020.

De plus,
« 100 % des prestations prévues pour les professionnels sont annulées. Si on compte les mois de mars, avril, mai et juin, on est en tout à – 4 millions d’euros de chiffres d’affaires. C’est irrattrapable ». Frédéric Érisay partage son activité pour moitié envers les professionnels et pour moitié envers les particuliers. «
Ça va être très compliqué pour les collègues qui ne font que du professionnel. »

Le traiteur a cependant recommandé pour assurer les commandes de plateaux-repas. Mais cela ne fait travailler que 3% de son équipe. Le chef d’entreprise garanti à ses 184 salariés le chômage partiel à 100%.

«On ne pourra pas doubler la production»

Cirette Traiteur est aussi à l’arrêt, sauf pour son antenne Cookliv qui assure la livraison de repas aux entreprises et particuliers, «
mais c est dérisoire », souffle Stéphane Cirette, dont les 45 salariés sont au chômage partiel. Tous les mariages inscrits à son planning jusqu'à mi-juin ont été reportés. Ces rapports
« bloquent un peu pour prendre des nouveaux contrats. Un traiteur peut assurer plusieurs prestations le soir même, nous sommes moins pénalisés qu'une salle par exemple. Mais on ne pourra pas doubler la production ».

«Sa marier avec un masque, ça ne fait pas rêver»

Du côté de Honfleur Traiteur, 90% des mariages reportés sont en 2021.
« La complexité est la même pour le client, le lieu et les prestataires. On cherche des solutions avec les mariés, stressés. Cela prend beaucoup de temps au service commercial, c'est le double de travail, présente Franck Girard, cogérant.
À aucune date de reprise pour les événements d'une centaine de personnes. C’est le grand flou, les gens préfèrent reporter. Et se marier en important un masque, ça ne fait rêver personne. »

Sur les 45 salariés, «
90 % sont en activité zéro et 10 % à temps partiel », précis Franck Girard. Pour maintenir une activité, Honfleur Traiteur propose des coffrets repas et cocktail à emporter pour les entreprises et les particuliers. Concernant la reprise, le cogérant n’est pas totalement pessimiste: «
La relance de l’activité des entreprises passe aussi par la communication, il va forcément se passer des choses. Il va y avoir de nouvelles formes de réceptions et il faut s’adapter, peut-être avec des cocktails, sans service. »

Photographes et DJ souffrent aussi de la situation

Ludovic Souillat est installé à Saint-Lô et travaille sur toute la Normandie. Depuis 2014, la photographie de mariage était son activité secondaire. Elle est devenue principale en novembre 2019. Cette première année d'exercice est donc un coup dur pour lui.

« Je savais que je n'aurais pas de salaire dès le début, mais je pensais faire ma trésorerie cet été avec les mariages. Cela aurait notamment pu me permettre d'investir dans le matériel studio pour travailler cet hiver », témoigne Ludovic Souillat, qui a huit mariages reportés. Deux sont encore programmés en septembre. Certains rapports se font à des dates où le photographe avait déjà d'autres engagements.
« Dans ce cas-là, je rend les acomptes et j’oriente les mariés aux collègues disponibles ce jour-là qui bossent un peu comme moi. »

Sébastien, de 76 images / seconde, qui travaille aussi dans toute la Normandie, a également été confronté à un choix:
« Deux couples me demandaient le 2 octobre pour un rapport. J’ai dû prendre le contrat le plus élevé. C’est horrible, mais le client a compris. Je suis bien sûr orienté vers un confrère. » Dans ce cas-là, il rend aussi les acomptes: «
C’est un cas de force majeure pas prévisible par les mariés. » Pour survivre,
« heureusement qu’y a eu l’aide de l’État aux entreprises, sinon j’étais dans une situation très compliquée, sans rentrée d’argent », notez que le photographe qui n'exclut pas de prendre un travail alimentaire à la rentrée s’il le faut.

D’autres festivités espérées

Depuis avril et jusqu'au juillet, Vincent Van Loyen, installé à
Vernon et qui rayonne dans toute la région, vu une quinzaine de mariages reportés. Il espère que la
« deuxième vague de mariages » prévue sur la saison aura bien lieu. Il espère aussi que des reportages pourront avoir lieu des dimanches ou des samedis en basse saison, afin de protéger les samedis de haute saison où il a déjà des réservations. Le photographe relève que sa profession ne fait pas souvent partie des premiers prestataires dont les mariés bouclent la date.

Il en est de même pour les DJ. Pour DJ Bob, installé dans le secteur de
Dieppe et qui travaille jusqu’à Paris, les mariages représentent 30% de l’activité. Parmi ceux programmés, 90% sont reportés et 10% annulés. Pour les rapports où il a déjà une obligation, DJ Bob peut compter sur son
« binôme. On a tous au moins un binôme (un autre DJ à son compte, NDLR).
Si on est déjà pris pour un rapport, on peut donner le contrat et inversement ».

FM Diffusion Événementiel, dont les mariages représentent plus de 50% de l'activité, un déjà des reportages programmés en 2021
« Ça va être compliqué si tout se reporte en 2021 : on va avoir une année blanche concernant le mariage », redoute Emmanuel Boufflet. Si l’entreprise, installée à

Gisors, peut assurer jusqu'à cinq prestations par soir, son planning était déjà bien rempli en mai, juin et juillet 2021. L'entreprise, spécialisée dans l'animation et cogérée par Emmanuel Boufflet et son frère, a reçu une aide de l'État:
« Ça nous sauve en partie ». Mais l’Eurois espère qu’après le 2 juin,
« il sera toléré de faire des animations avec des rassemblements de plus de 100 personnes, en respectant la distanciation sociale. Ainsi des communes organisateur peut-être des festivités pour le 14 juillet et pourrait récupérer des contrats ». Car si les mariages sont reportés, les concerts, soirées dansantes et sonorisations de feux d’artifice qui assureraient l’entreprise euroise sont, eux, purement et simplement annulés.



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